Ségolène Royal m'est apparue, hier soir, comme une adversaire de rêve
pour Nicolas Sarkozy. Les observateurs qui ont foi dans la religion de
la communication louent la pugnacité de la candidate socialiste et
s'extasient devant sa "saine colère". Une analyse plus politique du
débat est autrement plus sévère pour elle. Observons d'abord que Royal
n'est pas parvenue à donner de son adversaire l'image inquiétante
souvent évoquée d'un personnage colérique et autoritaire. Sa propre
agressivité lui a même souvent donné un visage assez peu sympathique.
Des images qui comptent sur la frange la moins politisée du public...
Par ailleurs, Royal n'a pas vraiment écarté la suspicion
d'incompétence qui plane sur elle. La candidate du PS a certes mis en
difficulté celui de l'UMP sur les questions nucléaires. Mais, alors
qu'elle lui avait ici préparé un petit piège de connaissance, elle
s'est emmêlée les pinceaux en confondant électricité et énergie. Plus
grave, Royal a manifesté à plusieurs reprises sa désinvolture à l'égard
du fond des problèmes. Le plus cocasse a été atteint lorsqu'elle a
superbement nié la séparation entre Etat et collectivités locales en
matière d'emplois publics.
L'essentiel est pourtant ailleurs.
C'est dans sa stratégie politique même que Royal me semble avoir commis
plusieurs erreurs lourdes. La première est sans doute d'avoir cru
marquer des points en cédant à la surenchère sécuritaire au point
d'exiger "davantage de policiers" et même un raccompagnement nocturne
de toutes les femmes fonctionnaires ! La seconde est d'avoir ciblé le
bilan de la majorité sortante plutôt que les propositions de Sarkozy.
Royal n'a pas su démonter le projet libéral-conservateur décliné avec
toutes les ficelles de la démagogie par son adversaire. Elle a ainsi
laissé passer la présentation culottée de la suppression de la
quasi-totalité de l'imposition sur les successions comme protection du
"travail de toute une vie". Enfin et surtout, la candidate n'a pas su
préciser son propre projet sur des questions aussi essentielles que les
retraites, les 35 heures ou l'immigration. Ce débat ne me semble avoir
aucune chance d'inverser la tendance favorable au candidat de la droite.
Commentaire d'une personne, ma foi, fort bien lettré surnommée Balise
En disant cela, vous dites un peu que les Français vont encore une
fois gober le numéro de Sarkozy. C'est à dire que, de votre point de
vue, qui, si j'ai bien compris est profondément opposé au cynisme
ambiant, vous prévoyez le pire : les Français, selon vous, sont prêt à
se faire rouler une nouvelle fois dans la farine, en votant pour un, il
faut le dire, assez mauvais comédien ? Voilà notre Sarkozy tout assagi,
prenant la pause du "bon sens près de chez vous", ce qui aurait pu
convenir s'il avait voulu nous vendre un aspirateur, mais qui, en ce
qui concerne la gestion d'une France (confrontée, du point de vue des
affaires intérieurs, comme du point de vue des affaires
internationales, à à des problèmes majeurs) est largement insuffisant.
Vous n'aimez pas le cynisme, mr Dupin, si j'ai bien compris. Que pouvez
faire d'autre Ségolène Royale que d'essayer de faire apercevoir, en
face d'un candidat qui compte sur leur aveuglement, aux français, que
les actes de Mr Sarkozy, des gouvernements auxquels il a participé,
sont sans rapport avec le discours qu'il tient ? J'ai cru comprendre
que vous n'aimiez pas le cynisme, Mr Dupin. Ne serait-il pas temps de
dire aux Français que la prestation de Mr Sarkozy, jusqu'au ton qu'il a
employé, en avalant un peu ses mots pour imiter ce qu'il croit être
l'accent du français moyen, est mauvaise comédie ? Elle avait raison,
la belle : il y avait quelque chose de révoltant à entendre Monsieur
Sarkozy dire que "si dans les 5 ans un parent d'enfant handicapé ne
pouvait pas trouver d'école "normale" pour scolariser son enfant, il
pourrait aller devant les tribunaux" et de même pour la question, par
exemple des crèches. Il y avait queque chose de révoltant, révoltant de
cynisme justement, à écouter quelqu'un trouver des subterfuges
politiques pour entériner des situations misérables, provoqués par la
politique de Monsieur Sarkozy et de ses alliés, en mettant de son côté
une fausse morale, qui argue de textes de loi inapplicables pour
affronter des situations intolérables.
"Le droit opposable à"... mr Sarkozy, avocat, sait bien que cela
revient, au lieu d'agir politiquement pour résoudre dans le dialogue
des situations difficiles, à en confier l'administration à des avocats,
qui, Mr Sarkozy est placé pour le savoir, sont habiles, aussi habiles
que lui, à servir ceux qui les payent !
Alors, je veux simplement dire qu'il est possible que vous ayez
raison, que l'habileté de Mr Sarkozy, que sa faculté à maquiller la
réalité sociale et l'action des gouvernements auxquels il a participé,
aient réussi à convaincre les Français... mais si tel était le cas,
cela signifierait que le cynisme, que vous, Mr Dupin, n'avait eu de
cesse de dénoncer, aura gagner une nouvelle fois les élections
présidentielles, et cela, il n'est plus certain aujourd'hui que la
France est l'estomac pour le supporter.
Parce que, que dites-vous dans cet article : que Sarkozy a été plus
"habile" que madame Royale, qu'il a su la "mettre en défaut", comme il
a su mettre en défaut tous ses adversaires jusque à présent. Ce sont
des techniques de communications, de combat, qui n'ont rien à voir avec
la bonne gestion d'un pays ni avec l'efficacité d'une action
gouvernementale.
Mais les Français vont-ils, après avoir avalé "Chirac, l'homme de
parole", jusqu'à plus soif, jusqu'à avoir envie de vomir la politique,
encore gober ça ?
Balise
Je partage bien l'avis de cette personne. Reste plus qu'à attendre....